Performance de Valérie Berger sur la prostitution de femmes malgaches : Nuit Giratoire
La mise en scène de Nuit Giratoire ne se limite pourtant pas à dévoiler cet aspect déjà connu du tourisme des pays riches en quête de sexe dans les pays pauvres (Asie, Afrique, Amérique Latine, etc.) Il y a deux visions qui convergent dans le spectacle : la vision de la société malgache par rapport à la prostitution et celle de la société occidentale qui stigmatise le commerce sexuel. La société occidentale refuse aux prostituées le droit d’être reconnues, d’exister, leurs identités se construisent en marge de la société, dans l’anonymat total. A Madagascar, en revanche, il existe une acceptation sociale de la prostitution ainsi que de l’activité sexuelle précoce.
Le corps est donc au centre du débat : le corps en tant qu’objet d’échange, en tant qu’objet de désir, mais aussi le corps des prostituées comme manifestation de l’oppression patriarcale.
Les danseuses dans Nuit Giratoire réactualisent certains clichés des filles malgaches (dociles, soumisses) dans leur performance. Elles reproduisent les démarches corporelles des prostituées en même temps qu’elles construisent avec les paroles un discours autour du corps sexué de celles-ci : une voix féminine façon Marilyn Monroe dans Happy Birthday Mr. President, intimidante par sa désinvolture ou la voix empruntée à une star du porno, les prostituées deviennent sujets et non pas objets, elles parlent de leurs désirs ayant pleine conscience de leur position dans le schéma patriarcal … Il s’agit là d’une stratégie de subversion. Des corps dociles, certes, dans un monde patriarcal, mais des corps dociles en rébellion. Les femmes dans Nuit Giratoire ne sont pas des simples objets qui reproduisent des stéréotypes sociaux (putes, maîtresses, concubines) ou si elles le font, ce ne sont pas des copies parfaites. Elles s’approprient de la logique patriarcale pour la tourner à leur avantage. La subversion passe donc par cette inversion dans les rapports de domination/soumission, rapports qui jusqu’à alors avaient présenté la prostituée comme un simple objet d’échange, dépourvu de désir, d’identité, de parole.
Source : http://3totango.blogs.courrierinternational.com/archive/2007/06/20/nuit-giratoires.html
Valérie Berger travaille à la Reunion.



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